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Liviu Rebreanu est né à Tîrlisina,
petit village des environs de Cluj, au cœur de la Transylvanie,
alors sous la domination hongroise. Treize enfants lui succéderont
au foyer de l'instituteur Vasile Rebreanu, qui occupe ses loisirs à rédiger
des narrations paysannes et morales. Sa mère rêve de le
voir devenir prêtre ; son père, instituteur ; lui, aimerait être
médecin. Cependant, comme les études coûtent cher,
il entre en qualité de boursier à l'académie militaire
de Budapest. Il en sort sous-lieutenant d'infanterie, mais démissionne
en 1908. Il a dans sa cantine un recueil de nouvelles, dont l'une est
publiée par la revue Luceafarul de Sibiu, ainsi que bon nombre
de traductions. À vingt-quatre ans, il arrive dans la capitale,
décidé à vivre de sa plume. Mais il est contraint
d'accepter de médiocres tâches ; il collabore à diverses
revues, devient secrétaire littéraire d'un théâtre
de province, puis secrétaire de la Société des écrivains
roumains. Sous l'occupation allemande, à cause de ses origines
transylvaines, on le tient pour suspect dans les milieux favorables
aux Alliés, et les partisans des Empires centraux le considèrent
comme un déserteur. Les Allemands l'emprisonnent. Il s'échappe,
se rend à Jassy, où il est pris pour un Autrichien et
un espion. Il apprend que son frère, qui se battait dans les
armées austro-hongroises, a été pendu comme déserteur.
En 1919, de retour à Bucarest, il est engagé par l'éditeur
Steinberg comme directeur de la collection « Les Écrivains
célèbres ». Il abat une besogne considérable
de traducteur et de présentateur, et la liste des ouvrages qu'il
publie donne une idée de sa culture littéraire. Il fait
jouer une pièce, Le Quadrille (Cuadrilul), au théâtre
de Bucarest, en 1919, et l'année suivante, il publie son premier
chef-d'œuvre, Ion (Jean), puis un second, La Forêt des pendus
(Padurea spînzuratilor, 1922). La Société des écrivains
roumains lui décerne le grand prix du roman, et le choisit comme
président. En 1928, il est nommé directeur du Théâtre
national. Entre-temps, il a publié un roman, Adam ?i Eva, et
a pris la direction d'une revue, Le Mouvement littéraire. Les
charges et les honneurs se succèdent dans sa vie et sa production
ne cesse d'être abondante : de la masse de ses écrits émergent
les romans Ciuleandra (1927), Le Petit Roi Horia (Crai?orul Horia,
1929) et un troisième chef-d'œuvre, L'Insurrection (Rascoala).
En 1939, il est élu membre de l'Académie roumaine. Pendant
la Seconde Guerre mondiale, il prend la charge du journal La Vie, quotidien
officiel du gouvernement formé par le maréchal Antonescu.
On le lui reprochera. Il meurt à Valea Mare, près de
Pitesti.On a souvent qualifié Ion de poème épique.
Le roman célébrerait avant tout la conquête de
la terre par un paysan avide. L'image dominante de l'œuvre serait
celle de Ion, le jour de sa victoire, qui s'agenouille sur le sol,
prend une motte de terre dans ses mains et la baise avec ardeur.
En vérité, le roman est un panorama de l'existence rurale
en Transylvanie sous la domination hongroise : l'instituteur et sa
famille, le prêtre et sa paroisse, les autorités locales,
les paysans, tout ce petit monde vit, s'agite et se dispute. Une figure
de paysan émerge cependant de la masse tumultueuse de ces personnages
: Ion, qui aime Florina mais séduit Ana parce qu'elle est riche.
Il la séduit par calcul : si elle est enceinte, son père
ne s'opposera pas au mariage et Ion recevra ce qu'il convoite par-dessus
tout, de la terre. Mais le beau-père ne tient pas sa parole.
Ana, tiraillée entre sa famille qui la condamne et son mari
qui la rend responsable de son déboire, et en outre follement
jalouse de voir que Ion aime toujours Florina, se pend. L'enfant qu'elle
avait mis au monde meurt aussi. Ion est héritier et vainqueur,
mais il ne profite pas de son succès : il est tué par
le mari de Florina. |