L'économie
de la Roumanie communiste
Après les efforts des libéraux de consolider
la petite propriété privée, d'encourager l'industrie
nationale et d'exploiter les richesses du pays (notamment le pétrole)
les années 1930 ont enregistré un essoréconomique
du pays.
L'installation du communisme en Roumanie a complètement changé la
donne, bouleversant l'économie en place. La transformation de
structures économiques, la mise en place d'une planification centralisée
ont accompagné le pari industriel, le volet le plus ambitieux
de la politique économique du nouveau pouvoir.
Le parti communiste a dû premièrement répondre aux
exigences soviéthiques de remboursement des 300 millions de dollars
(représentant les pertes causées par la participation des
troupes roumaines à l'invasion de la Russie). Le règlement
de cette dette (en bois, céréales et pétrole) fut
un coup dur pour le pays, dont l'essentiel de l'économie a été contrôlé jusqu'en
1954 par des Savrom (sociétés mixtes sovieto-roumaines).
La reconstruction économique et sociale du pays, démarrée
en 1948, a connu l'étape de l'expropriation des industries privées,
le contrôle de l'Etat s'étendant sur tout le secteur industriel
privé, sur le système bancaire et fiscal, selon le modèle
soviétique industriel des années 1930. L'état de
socialisation de la Roumanie est très avancée en 1970 :
94 % de la population active est employée dans le secteur socialiste,
contre 26,6 % en 1930.
Une planification stricte est centralisée et mise en place (les
premières plans de 1949 et 1950 étaient établis
donc pour une année ; le plan quinquennal a été introduit
en 1951). En 1960-1966 un dialogue entre les ministères et les
unités
est instauré dans la définition des objectifs du plan.
Le parti est responsable du projet de base. Le plan couvre tous les secteurs
de l'économie et ceux de la juridiction administrative ; par une
planification continue, les plans sont adoptés chaque mois pour
des activités économiques complémentaires et non
compétitives ; la participation populaire, au niveau de l'entreprise,
dans la formulation du plan et dans la logique du centralisme démocratique.
L'industrie :
Le résultat essentiel de la politique suivie
est la disparité croissante
entre le développement industriel et agricole par suite de choix
en matière d'investissements. Le développement de la production
industrielle connaît la période du premier démarrage économique
entre 1950 et 1960 et celle du véritable décollage entre
1960 et 1970. Ainsi la politique d'investissement industriel, la plus
lourde d'Eirope, prévoit pour la construction un budget équivalent à la
moitié de toutes les dépenses (1950-1970), alors que les équipements
pour les nouvelles implantations industrielles absorbent un tiers de
ses dépenses et la prospection géologique 5 à 10
%.
On veut développer, à partir de l'industrie lourde, la
base technique des autres secteurs, incorporer le progrès technique
et scientifique à une politique industrielle destinée à assurer
l'indépendance du pays et contribuer pleinement à la création
d'un Etat socialiste moderne et développé.
On se base sur les industries performantes (acier et industries chimiques)
mais aussi sur des nouvelles productions (fibres synthétiques
et matières plastiques après 1965) ; les industries de
l'ingénierie
sont, au début des années 1970, les plus diversifiées
et les plus importantes d'Europe orientale.
Les zones industrielles sont situées dans les grands centres urbains
d'avant-guerre (ils bénéficient d'une main-d'oeuvre plus
qualifiée et de la proximité des zones d'approvisionnement
en matières premières) ou dans la montagne carpatique et
ses annexes. Bucarest demeure le premier centre industriel en 1970, avec
17 % de la valeur de la production nationale. Les centres pétroliers
se déplacent vers l'Olténie et la région de Pitesti,
mais Ploesti reste le centre le plus important de raffinerie.
Cette politique d'industrialisation volontariste, aux résultats
parfois spectaculaires, repose sur un capital humain. Depuis le milieu
des années 70 le gouvernement a lancé une politique encourageant
la natalité et améliorant les services médicaux
et la nutrition pour stimuler la croissance de la population. L'urbanisation
et l'éducation (la formation étant indispensable au progrès
industriel) répondent aux nécessités du programme
d'industrialisation qui a provoqué des changements dans la localisation
et la structure de la force de travail ; l'absentéisme, l'incapacité technique
ou un sous-emploi du personnel qualifié sont une réalité.
La période du décollage économique correspond à l'affirmation
de l'autonomie roumaine dans le camp socialiste et à l'ouverture
extérieure vers l'Ouest. Seul pays de tous les membres du COMECON,
la Roumanie rejoint le FMI en 1973 ; elle se déclare pays socialistes,
mais en voie de développement aussi, chercheant une intégration
dans l'économie mondiale. Refusant l'organisation au sein du COMECON
d'une division internationale du travail par la spécialisation
des tâches, ainsi que l'entrée dans le comité Interchimie
(organe supranational qui doit diriger la production chimique des pays
socialistes) et la décision du COMECON de créer sa propre
banque d'investissement, la Roumanie promeut des relations entre Etats
basées sur les avantages mutuels et la non-ingérence dans
les affaires intérieures. Dans cette perspective le complexe de
Galati, conçu pour doter le pays d'une sidérurgie à proximité de
l'eau et approvisionnée en minerai d'Ukraine n'obtient
ni le financement ni les livraisons suffisantes de l'URSS. Des contrats
financiers et techniques sont alors signés avec la Grande-Bretagne,
l'Autriche, la France, le Brésil et l'Inde.
Le commerce avec l'Europe Occidentale représentera en 1971 10
% du volume global. L'Allemagne de l'Est est un partenaire privilégié ;
pour 1974, la Roumanie envisageait d'accroître de 43 % le volume
de son commerce, les exportations devant dépasser légèrement
les importations.
Mais les difficultés internes, la hausse des prix des matières
premières, l'endettement vis-à-vis de l'Occident, la mauvaise
maîtrise des technologies nouvelles et l'infrastructure dépassée
des transports influenceront les choix économiques. Les plans
de 1971 et 1976-1987 conservent toutefois l'accent sur l'industrialisation.
Les taux de croissance demeurent élevés (le taux de croissance
industrielle est de 6,2 % à 11,2 % entre 1976 et 1980, le revenu
national a une croissance annuelle de 11,3 % entre 1971 et 1975).
Le régime peut se vanter avec quelques réalisations majeures. À côté des
efforts d'électrification des chemins de fer ou dans l'aménagement
des transports, il s'agit de la construction du complexe de fer et d'acier
de Calarasi, du nouveau port de Mangalia et du port industriel de Tulcea,
de la modernisation portuaire de Constanta et la transformation de Sulina.
Cernavoda est relié à Constanta par le canal Danube-Mer
Noire (1973-1984).
En 1973, le pays est confronté aux problèmes de l'impossibilité de
poursuivre la politique d'expansion fondée sur l'importation des
matières premières dans le contexte de la diminution des
livraisons de pétrole arabe et de l'explosion des prix des matières
premières. On met alors l'accent sur le développement de
nouvelles sources d'énergie (pour l'hydroélectricité,
l'Olt serait le site de 29 centrales d'une capacité de 1200 MW
; dans l'extraction du charbon, en intensifie le travail dans la vallée
du Jiu et on découvre la lignite de Golesti, à haute
valeur calorifique). La consommation est restreinte.
La poursuite de l'industrialisation s'avérera désormais
difficile. La population, dont le niveau de vie est très bas ne
fournit pas le travail national escompté. La coopération
avec l'Ouest, nécessaire faiblit (la dette occidentale et le déficit
du commerce avec l'Ouest augmentent, alors que le volume du commerce
avec le Tiers-monde atteint en 1975 cinq fois le volume de 1970).
À
partir de 1975 le paysage économique se dégrade, à cause
aussi de la faillite de la politique agricole à long terme.
L'agriculture :
La réforme agraire de 1945 et les décisions
de 1949 qui collectivisaient la plus grande partie de la propriété privée
devraient créer les bases d'une agriculture intensive. En 1973,
95 % des terres cultivables appartiennent au secteur socialiste, 75 %
aux coopératives agricoles de production (CAP) et 17 % aux entreprises
agricoles d'Etat (IAS) ; le reste du sol, dans les régions élevées
est resté au titre de propriétés individuelles.
Les fermes d'Etat, bien outillées et détenant les meilleures
semences et terres (Valachie et région du Sud-Ouest), les coopératives
aidées de stations de machines assurent l'essentiel des récoltes
(plantes industrielles, légumes, vergers). Le problème
de l'eauet résolu par de grands travaux : digues construites le
long du Danube, du Somes et du Mures ; l'irrigation combat la sécheresse
dans la région de steppe.
Le niveau de vie des paysans s'améliore dans les années
60, mais, d'une manière générale, la modernisation
du secteur agricole est trop lente. La production des fertilisants chimiques
est insuffisante, la production annuelle de céréales, prévue
de 20 millions de tonnes entre 1976 et 1980 n'est pas atteinte, l'élevage
se dégrade aussi ; en 1981 le gouvernement décide à inciter
les paysans à augmenter la production et leur impose de livrer
leurs surplus à l'Etat, qui fixe les prix.
La situation économique
en 1989 :
La politique menée par le régime à forcé
la population à réduire
considérablement sa consommation, afin de pouvoir augmenter
les exportations pour conforter une position d'indépendance. La
qualité des produits, biens et services consommés par la
population est en 1987-1988 inférieure de 40 % à celle
des années 70.
Les infrastructures industrielles, faute d'adaptation technologique,
se sont dégradées.
La mortalité infantile connaît une hausse dramatique, la
natalité stagne en dépit d'une politique nataliste systématique
(l'avortement n'est autorisé que pour les femmes ayant quatre
enfants ou plus).
Les autorités ont recours aux manipulations statistiques pour
masquer ces faits. L'opinion publique n'est pas informée de la
coopération renforcée avec l'URSS.
Lors du plénum du Comité Central du PCR (12-14 avril 1989)
l'on décide d'adopter une disposition constitutionnelle visant
le non- recours aux crédits extérieurs ; 30 % du revenu
national devra être consacré à l'investissement.
Mais la production baisse dans le domaine énergétique et
l'on adapte alors des mesures fermes d'économies d'énergie
qui plongent la population dans le froid et dans l'obscurité.
Le chef de l'Etat roumain a l'ambition du remboursement de la dette extérieure
(le 12 avril 1989, il annonce le remboursement de 21 milliards de dollars).
Si les exportations roumaines à l'Ouest sont tombées de
12 % en 1976 à 3,8 % en 1986, un programme de coopération économique
et technologique est signé en 1986 avec l'URSS. En 1988, 33%
du commerce extérieur roumain est représenté par
les échanges
avec l'Union soviétique (la Roumanie exporte des produits agricoles
et importede l'énergie).
Le chef de l'Etat, face aux "dangers" de la perestroïka,
dénonce la trop faible mobilisation idéologique qui a conduit à un
relâchement
dans le travail. Ses appels à un ressaisissement restent sans écho
dans ce novembre 1989. La faillite politique et économique du
régime, telle est la situation que le pouvoir issu des journées
révolutionnaires de décembre 1989 doit combattre. |