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Dernière mise à jour le 03 décembre 2006

 

L'économie de la Roumanie communiste

 

Après les efforts des libéraux de consolider la petite propriété privée, d'encourager l'industrie nationale et d'exploiter les richesses du pays (notamment le pétrole) les années 1930 ont enregistré un essoréconomique du pays.
L'installation du communisme en Roumanie a complètement changé la donne, bouleversant l'économie en place. La transformation de structures économiques, la mise en place d'une planification centralisée ont accompagné le pari industriel, le volet le plus ambitieux de la politique économique du nouveau pouvoir.
Le parti communiste a dû premièrement répondre aux exigences soviéthiques de remboursement des 300 millions de dollars (représentant les pertes causées par la participation des troupes roumaines à l'invasion de la Russie). Le règlement de cette dette (en bois, céréales et pétrole) fut un coup dur pour le pays, dont l'essentiel de l'économie a été contrôlé jusqu'en 1954 par des Savrom (sociétés mixtes sovieto-roumaines).
La reconstruction économique et sociale du pays, démarrée en 1948, a connu l'étape de l'expropriation des industries privées, le contrôle de l'Etat s'étendant sur tout le secteur industriel privé, sur le système bancaire et fiscal, selon le modèle soviétique industriel des années 1930. L'état de socialisation de la Roumanie est très avancée en 1970 : 94 % de la population active est employée dans le secteur socialiste, contre 26,6 % en 1930.
Une planification stricte est centralisée et mise en place (les premières plans de 1949 et 1950 étaient établis donc pour une année ; le plan quinquennal a été introduit en 1951). En 1960-1966 un dialogue entre les ministères et les unités est instauré dans la définition des objectifs du plan. Le parti est responsable du projet de base. Le plan couvre tous les secteurs de l'économie et ceux de la juridiction administrative ; par une planification continue, les plans sont adoptés chaque mois pour des activités économiques complémentaires et non compétitives ; la participation populaire, au niveau de l'entreprise, dans la formulation du plan et dans la logique du centralisme démocratique.


L'industrie :

Le résultat essentiel de la politique suivie est la disparité croissante entre le développement industriel et agricole par suite de choix en matière d'investissements. Le développement de la production industrielle connaît la période du premier démarrage économique entre 1950 et 1960 et celle du véritable décollage entre 1960 et 1970. Ainsi la politique d'investissement industriel, la plus lourde d'Eirope, prévoit pour la construction un budget équivalent à la moitié de toutes les dépenses (1950-1970), alors que les équipements pour les nouvelles implantations industrielles absorbent un tiers de ses dépenses et la prospection géologique 5 à 10 %.
On veut développer, à partir de l'industrie lourde, la base technique des autres secteurs, incorporer le progrès technique et scientifique à une politique industrielle destinée à assurer l'indépendance du pays et contribuer pleinement à la création d'un Etat socialiste moderne et développé.
On se base sur les industries performantes (acier et industries chimiques) mais aussi sur des nouvelles productions (fibres synthétiques et matières plastiques après 1965) ; les industries de l'ingénierie sont, au début des années 1970, les plus diversifiées et les plus importantes d'Europe orientale.
Les zones industrielles sont situées dans les grands centres urbains d'avant-guerre (ils bénéficient d'une main-d'oeuvre plus qualifiée et de la proximité des zones d'approvisionnement en matières premières) ou dans la montagne carpatique et ses annexes. Bucarest demeure le premier centre industriel en 1970, avec 17 % de la valeur de la production nationale. Les centres pétroliers se déplacent vers l'Olténie et la région de Pitesti, mais Ploesti reste le centre le plus important de raffinerie.
Cette politique d'industrialisation volontariste, aux résultats parfois spectaculaires, repose sur un capital humain. Depuis le milieu des années 70 le gouvernement a lancé une politique encourageant la natalité et améliorant les services médicaux et la nutrition pour stimuler la croissance de la population. L'urbanisation et l'éducation (la formation étant indispensable au progrès industriel) répondent aux nécessités du programme d'industrialisation qui a provoqué des changements dans la localisation et la structure de la force de travail ; l'absentéisme, l'incapacité technique ou un sous-emploi du personnel qualifié sont une réalité.
La période du décollage économique correspond à l'affirmation de l'autonomie roumaine dans le camp socialiste et à l'ouverture extérieure vers l'Ouest. Seul pays de tous les membres du COMECON, la Roumanie rejoint le FMI en 1973 ; elle se déclare pays socialistes, mais en voie de développement aussi, chercheant une intégration dans l'économie mondiale. Refusant l'organisation au sein du COMECON d'une division internationale du travail par la spécialisation des tâches, ainsi que l'entrée dans le comité Interchimie (organe supranational qui doit diriger la production chimique des pays socialistes) et la décision du COMECON de créer sa propre banque d'investissement, la Roumanie promeut des relations entre Etats basées sur les avantages mutuels et la non-ingérence dans les affaires intérieures. Dans cette perspective le complexe de Galati, conçu pour doter le pays d'une sidérurgie à proximité de l'eau et approvisionnée en minerai d'Ukraine n'obtient ni le financement ni les livraisons suffisantes de l'URSS. Des contrats financiers et techniques sont alors signés avec la Grande-Bretagne, l'Autriche, la France, le Brésil et l'Inde.
Le commerce avec l'Europe Occidentale représentera en 1971 10 % du volume global. L'Allemagne de l'Est est un partenaire privilégié ; pour 1974, la Roumanie envisageait d'accroître de 43 % le volume de son commerce, les exportations devant dépasser légèrement les importations.
Mais les difficultés internes, la hausse des prix des matières premières, l'endettement vis-à-vis de l'Occident, la mauvaise maîtrise des technologies nouvelles et l'infrastructure dépassée des transports influenceront les choix économiques. Les plans de 1971 et 1976-1987 conservent toutefois l'accent sur l'industrialisation. Les taux de croissance demeurent élevés (le taux de croissance industrielle est de 6,2 % à 11,2 % entre 1976 et 1980, le revenu national a une croissance annuelle de 11,3 % entre 1971 et 1975).
Le régime peut se vanter avec quelques réalisations majeures. À côté des efforts d'électrification des chemins de fer ou dans l'aménagement des transports, il s'agit de la construction du complexe de fer et d'acier de Calarasi, du nouveau port de Mangalia et du port industriel de Tulcea, de la modernisation portuaire de Constanta et la transformation de Sulina. Cernavoda est relié à Constanta par le canal Danube-Mer Noire (1973-1984).
En 1973, le pays est confronté aux problèmes de l'impossibilité de poursuivre la politique d'expansion fondée sur l'importation des matières premières dans le contexte de la diminution des livraisons de pétrole arabe et de l'explosion des prix des matières premières. On met alors l'accent sur le développement de nouvelles sources d'énergie (pour l'hydroélectricité, l'Olt serait le site de 29 centrales d'une capacité de 1200 MW ; dans l'extraction du charbon, en intensifie le travail dans la vallée du Jiu et on découvre la lignite de Golesti, à haute valeur calorifique). La consommation est restreinte.
La poursuite de l'industrialisation s'avérera désormais difficile. La population, dont le niveau de vie est très bas ne fournit pas le travail national escompté. La coopération avec l'Ouest, nécessaire faiblit (la dette occidentale et le déficit du commerce avec l'Ouest augmentent, alors que le volume du commerce avec le Tiers-monde atteint en 1975 cinq fois le volume de 1970).
À partir de 1975 le paysage économique se dégrade, à cause aussi de la faillite de la politique agricole à long terme.


L'agriculture :

La réforme agraire de 1945 et les décisions de 1949 qui collectivisaient la plus grande partie de la propriété privée devraient créer les bases d'une agriculture intensive. En 1973, 95 % des terres cultivables appartiennent au secteur socialiste, 75 % aux coopératives agricoles de production (CAP) et 17 % aux entreprises agricoles d'Etat (IAS) ; le reste du sol, dans les régions élevées est resté au titre de propriétés individuelles.
Les fermes d'Etat, bien outillées et détenant les meilleures semences et terres (Valachie et région du Sud-Ouest), les coopératives aidées de stations de machines assurent l'essentiel des récoltes (plantes industrielles, légumes, vergers). Le problème de l'eauet résolu par de grands travaux : digues construites le long du Danube, du Somes et du Mures ; l'irrigation combat la sécheresse dans la région de steppe.
Le niveau de vie des paysans s'améliore dans les années 60, mais, d'une manière générale, la modernisation du secteur agricole est trop lente. La production des fertilisants chimiques est insuffisante, la production annuelle de céréales, prévue de 20 millions de tonnes entre 1976 et 1980 n'est pas atteinte, l'élevage se dégrade aussi ; en 1981 le gouvernement décide à inciter les paysans à augmenter la production et leur impose de livrer leurs surplus à l'Etat, qui fixe les prix.


La situation économique en 1989 :

La politique menée par le régime à forcé la population à réduire considérablement sa consommation, afin de pouvoir augmenter les exportations pour conforter une position d'indépendance. La qualité des produits, biens et services consommés par la population est en 1987-1988 inférieure de 40 % à celle des années 70.
Les infrastructures industrielles, faute d'adaptation technologique, se sont dégradées.
La mortalité infantile connaît une hausse dramatique, la natalité stagne en dépit d'une politique nataliste systématique (l'avortement n'est autorisé que pour les femmes ayant quatre enfants ou plus).
Les autorités ont recours aux manipulations statistiques pour masquer ces faits. L'opinion publique n'est pas informée de la coopération renforcée avec l'URSS.
Lors du plénum du Comité Central du PCR (12-14 avril 1989) l'on décide d'adopter une disposition constitutionnelle visant le non- recours aux crédits extérieurs ; 30 % du revenu national devra être consacré à l'investissement. Mais la production baisse dans le domaine énergétique et l'on adapte alors des mesures fermes d'économies d'énergie qui plongent la population dans le froid et dans l'obscurité.
Le chef de l'Etat roumain a l'ambition du remboursement de la dette extérieure (le 12 avril 1989, il annonce le remboursement de 21 milliards de dollars).
Si les exportations roumaines à l'Ouest sont tombées de 12 % en 1976 à 3,8 % en 1986, un programme de coopération économique et technologique est signé en 1986 avec l'URSS. En 1988, 33% du commerce extérieur roumain est représenté par les échanges avec l'Union soviétique (la Roumanie exporte des produits agricoles et importede l'énergie).
Le chef de l'Etat, face aux "dangers" de la perestroïka, dénonce la trop faible mobilisation idéologique qui a conduit à un relâchement dans le travail. Ses appels à un ressaisissement restent sans écho dans ce novembre 1989. La faillite politique et économique du régime, telle est la situation que le pouvoir issu des journées révolutionnaires de décembre 1989 doit combattre.