L'architecture civile et militaire, aussi
bien en Valachie qu'en Moldavie a intégré au noyau primitif
des méthodes occidentales
arrivées via la Transylvanie ou la Pologne. L'architecture civile
comprend des résidences princières, parfois fortifiées,
de Curtea de Arges, Targoviste et Suceava ; l'architecture urbaine,
comme celle rurale, restera longtemps une architecture principalement
en bois.
L'architecture militaire est représentée par une série
de forteresses dans la région de frontière, constituant
un système de défense.
En Moldavie, dans le cadre de l'architecture religieuse, deux monuments
ont une place spéciale, originaire ; l'église Saint-Nicolas
de Radauti, basilique romaine à trois nefs adaptée au culte
orthodoxe (son plan a été repris ultérieurement,
mais modifié considérablement) est attribuée au
fondateur Bogdan Ier (1359-1365) ; l'église de la Trinité à Siret
(dernier quart du XIVe siècle) introduit en Moldavie le tricoque,
inspiré de Serbie, mais avec des modifications importantes dans
la structure de voûtes. La décoration extérieure
en céramique émaillée est un élément
qui s'est répandu largement aussi. Des églises de Moldovita,
Humor, Pobrata, fondations monastiques des premiers princes ne restent
que des ruines.
La Transylvanie du XIVe et XVe siècle est influencé par
l'art occidental, connaissant ainsi les diverses phases du gothique.
A côté du plan basilical à transept (Sainte-Marie
de Sibiu), il y a des édifices de type Hallenkirche (Cluj, Sighisoara,
Brasov), des églises à deux nefs (Baia-Mare, détruite)
et, au XVe siècle des églises à nef unique (Turda-Veche
et Targu-Mures). L'une des plus riches décorations sculptées
(gothique transylvain) apparaît dans l'Eglise
Noire de Brasov. L'architecture en bois caractérise les villages
orthodoxes roumains de Transylvanie. On reprend les monuments en pierre
avec tour-clocher à l'ouest, on y intègre des éléments
gothiques et valaques.
Les populations paysannes se construisent des lieux de refuge contre
les invasions ottomanes (Rasnov et Saschide) ou fortifient les enceintes
des églises (Codlea et Sampetru). Les villes aussi sont fortifiées.
L'extension et la fortification des villes sont spécifiques à la
Transylvanie. L'organisation s'est basée sur les principes de
la fonctionnalité -une place centrale avec l'église, des
rues étroites unies par endroits par des arcades- les villes de
Sighisoara, Sibiu et Brasov en témoignent.
Dans l'architecture civile et militaire on doit signaler le château
fort de Bran (fin du XIVe siècle) et le château
de Hunedoara (XIVe siècle).
Entre la seconde moitié du XVe et le XVIe siècle s'est
réalisé la synthèse artistique moldave. Une série
de circonstances ont été favorables aux activités
culturelles et artistiques : l'indépendance politique, même
si elle a été menacée, les longs règnes (Étienne
le Grand, 1457-1504) et une pensée unitaire de l'Etat
et de la société, une classe seigneuriale riche et active,
une paysannerie libre encore nombreuse, l'essor des milieux urbains et
le développement des métiers et des techniques.
La synthèse moldave est le résultat, d'une forte unité,
de l'évolution d'un siècle ; elle présente un fonds
de tradition byzantino-balkanique auquel sont intégrés
des éléments occidentaux (gothique transylvain est polonais),
dans un ensemble réinterprété dans une vision artistique
originale portant l'empreinte de l'esthétique du paysan roumain
et faisant preuve d'une unité de style retrouvée dans l'ensemble
de la création artistique.
L'architecture religieuse se développe à partir de deux
types de plans. Le triconque permet des innovations : la tour élancée élevée
sur la nef, a l'aide des "voûtes moldaves", qui reposeà l'extérieur
sur une double base étoilée ; les toits et la coiffe pointue
de la tour accentuant la tendance à la verticalité de l'édifice
; la plastique décorative des façades est obtenue par les
longues niches à arceaux sur des absides et des rangées
superposées de petites niches dans la partie supérieure,
ainsi que le parement de pierres et de briques émaillés
et la frise de disques en céramique sous la corniche.
La distribution intérieure comporte parfois l'adjonction de nouvelles
pièces : l'exonarthex et une chambre réservée au
tombeaux (Neamt, 1498).
Le plan rectangulaire permet aussi des solutions variées, dans
la construction des voûtes en particulier.
La peinture murale (le répertoire iconographique) se distingue
par sa parfaite adaptation à l'architecture. Une certaine monumentalité est
conférée à cette peinture par la fermeté du
dessin et la qualité de la couleur, par la distribution sobre
des personnages et la noblesse des attitudes. Les ensembles de Voronet,
de Saint-Ilie (1488) et de Balinesti (1493) constituent ses meilleurs
réussites.
La grande originalité de l'art moldave du XVIe siècle
réside dans l'extension de la peinture aux façades
qu'elle recouvre sur presque toute leur surface (ensembles de peintures
extérieures
de Humor 1535, Moldovita 1537, Arbore 1541).
Cette peinture si animée,
son agencement d'ensemble, le sens décoratif, les tons francs,
joyeux ou suaves de la couleur seront mis en scène, pour une dernière
fois et avec beaucoup d'éclat à Sucevita (1582-1606).
La synthèse valaque se réalise plus difficilement à cause
d'une situation interne trouble et n'atteint pas la cohérence
de la synthèse moldave. Plus profondément liée à la
tradition byzantino-balkanique, elle prend plus difficilement ses distances.
Le XVIe siècle est riche en expériences variées
en architecture. Le plan en croix grecque, réapparaît parfois
(Targoviste, 1583) mais la règle est celle des plans traditionnels
rectangulaire et surtout triconque. Les plans jouent sur la forme des
narthex, sur le système des voûtes et la plastique des façades,
sur le nombre de tours secondaires.
Le type des deux monuments, les églises des monastères
de Dealu (1500) et de Curtea de Arges (1517), fut longuement repris,
sans toutefois atteindre la somptuosité des modèles.
Les édifices d'amples proportions sont richement décorés
de sculptures ornementales sur pierre. A Arges, ses sculptures enserrent
le monument dans leur réseau lui conférant,avec les rangées
de stalactites qui forment la corniche et les petits tours torses, un
certain air d'Orient fabuleux.
Les dernières décennies du XVIIe et les premières
du XVIIIe siècle connaissent l'épanouissement du style°"brancovan" (du
nom du prince Constantin Brancoveanu qui a accordé généreusement
son patronage à la culture). Ce style a influencé les autres
provinces roumaines, notamment la Transylvanie.
Dans l'architecture religieuse la nouveauté réside dans
l'emploi de la pierre sculptée dans des formes empruntées
au baroque (églises de Coltea, Vacaresti et Stravropoleos de Bucarest).
Des éléments occidentaux et orientaux apparaissent dans
l'architecture civile. Les palais de Brancoveanu à Potlogi et
Mogosoaia sont représentatifs. La peinture se distingue par le
plaisir narratif et par le désir de reprendre la réalité environnante,
dans une attitude vers la vie contemporaine (Hurezu, 1694-1704).
L'ornement floral est prisé dans le décor architectural
(peinture, broderie, sculpture sur bois).
L'architecture valaque influencera l'art moldave de la fin du XVIème
siècle. Une influence orientale dans les encadrements de portes
et de fenêtres apparaîtra à Dragomirna (1609) et à l'église
des Trois Hiérarques de Iasi (1639). L'église du monastère
de Golia présente, elle, des plâtres à chapiteaux
néo-corinthiens (influence de l'Italie au moment du passage vers
le baroque).
Les éléments baroques sont présents surtout au XVIIIème.
L'horizon artistique moldave opte pour le néo-classisisme vers
la fin du XVIIIème siècle.
En Transylvanie, le gothique survit tardivement (forteresses paysannes
saxonnes, Prejner, Apold, Cisnadie).
Avec les dernières phases du gothique apparaissent des formes
de la Renaissance (chapelle Lazo d'Alba Iulia, 1512).
La réforme luthérienne ou calviniste a interrompu la construction
de grands édifices de culte.
Le XVIIe siècle apporte, toujours dans le style Renaissance, les
châteaux de Fagaras, Medicsul Aurit et Iernut).
Le retour du catholicisme marque l'entrée de la principauté sous
la domination des Habsbourgs. Le baroque a marqué les constructions
civiles (architecture urbaine des palais- épiscopal d'Oradea,
Brukenthal de Sibiu et Banffy de Cluj) les constructions militaires du
nouveau régime autrichien, et les édifices religieux des
Jésuites.
L'architecture moderne :
La pénétration des nouveaux courants artistiques rencontre
en Roumanie et surtout à Bucarest une architecture hétérogène,
caractérisée par la coexistence des styles néoclassique,
byzantin ou eccléctique ; le style néoroumain répondait à l'inspiration
d'union nationale, et mélangeait architecture populaire et religieuse
roumaine.
Après 1918, l'on se raccorde aux mouvements culturels de l'avant-garde
européenne. L'académisme français sera apporté par
des architectes français même dans le pays.
En 1891 est crée la Société des Architectes roumains
et en 1932, le Corps Technique des Architectes.
Le béton armé est utilisé d'abord dans les constructions
d'ingénierie (les dépôts de céréales,
des ports de Braila, Galati et les ponts et chaussées) ; tous
ces éléments
sont simples dans la forme, répondant à une exigence de
fonctionnalité.
Les années 1920, prospères économiquement et ouvertes
socialement voient évoluer l'architecture vers l'idée
de progrès, dans une synchronisation avec la civilisation européenne.
Le renouvellement architectural et d'abord modéré, équilibré.
Dans les années 1930, l'architecture moderne connaîtra une
impressionnante expansion marquant définitivement le paysage de
la capitale est de quelques grandes villes du pays.
Quelques traits caractéristiques se dégagent : l'indépendance
des architectes roumains, la manière individualisée dont
il ont retravaillé les principes du mouvement moderne international
; la synchronisation avec le courant moderniste ; le point de rencontre
entre l'état d'esprit social de la période et l'expression
moderne, dans la forme et la fonction, des oeuvre architecturales.
L'architecture de la période de l'entre-deux-guerres s'est montrée
soucieuse d'une utilisation optimale de l'espace existant.
En s'adaptant de manière rationnelle et naturelle aux conditions
des terrains, en distribuant les fonctions par rapport aux points cardinaux,
en utilisant la systématisation verticale pour éclairer
l'espace construit, l'architecture moderne apporte des solutions fonctionnelles
esthétiques adéquates à l'utilisation rationnelle
des emplacements.
Les angles droits alternent avec les formes rectangulaires et les surfaces
courbées. Les volumes sont rigoureusement conçus, introduisant
une graduation de la perception.
En Roumanie, la simplicité formelle apportée par le modernisme
a été mise en rapport avec les volumes pures, et la simplicité raffinée
de l'architecture populaire.
Dans l'urbanisme, le mouvement moderniste tient compte de deux directions
: la première cherche le style, la deuxième cherche la "vie
dans la nature", ayant comme modèle la "ville-jardin" et
la Charte d'Athènes.
On peut affirmer que l'urbanisme et l'architecture moderne roumaine se
sont développés dans une conjoncture favorable, soutenue
par une législation qui, dans un esprit moderniste acceptait les
directions d'évolution rationnelles, modérées du
système
déjà construit.
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